
Le 26 du mois, il reste 38 € sur le compte courant. Le salaire est de 2 100 € net, aucun achat exceptionnel n'a été fait, aucune facture n'a explosé. Et la même question revient : où est passé l'argent ? La règle 50/30/20 ne répond pas directement à cette question. Elle donne autre chose, de plus utile : un repère chiffré pour savoir si le problème vient des charges fixes, des dépenses de confort, ou d'aucune des deux.
Beaucoup la connaissent sans l'avoir jamais appliquée à leurs propres chiffres : elle demande une séance de classement qui se heurte vite à une trentaine de cas ambigus. Voici la méthode complète, y compris ce qu'il faut faire quand le loyer prend déjà 40 % du salaire.
Elle répartit le revenu net mensuel — ce qui arrive réellement sur le compte — en trois blocs :
Sur 2 100 € net, cela donne 1 050 € de besoins, 630 € d'envies, 420 € d'épargne. Ces trois nombres se calculent en dix secondes. Tout le reste de la méthode consiste à savoir dans quelle colonne ranger chaque ligne du relevé.
Le loyer est un besoin, le restaurant du samedi une envie : ces cas-là ne posent aucun problème. Ce sont les autres qui font abandonner au bout de vingt lignes.
Une règle pratique suffit presque toujours : le besoin, c'est la version minimale du poste ; l'écart au-dessus est une envie. Un forfait mobile à 10 € couvre le besoin ; le même usage à 45 € contient 35 € de confort. Une voiture qui sert au trajet domicile-travail est un besoin, le modèle choisi relève en partie du choix.
En pratique, ne coupez une ligne en deux que si l'écart dépasse une vingtaine d'euros par mois. En dessous, classez la ligne entière là où elle penche et passez à la suivante. Un budget abandonné parce qu'il était trop précis ne sert à rien.
Trois cas reviennent systématiquement :
Reprenez trois mois de relevés — un seul mois ne dit rien, il contient toujours une facture annuelle ou un anniversaire — et additionnez par colonne. Sur le salaire de 2 100 € pris en exemple, le résultat ressemble souvent à ceci :
Le premier réflexe, devant ces 291 €, est de couper les restaurants. C'est précisément l'erreur que le calcul permet d'éviter : les envies sont déjà 9 points sous la cible. Il n'y a rien à récupérer de ce côté. L'écart vient des besoins, à 65 % au lieu de 50 %, et le poste responsable est le logement — 780 €, soit 37 % du revenu à lui seul.
Le résultat est inconfortable, parce qu'il désigne la dépense la plus difficile à modifier. Il évite en revanche six mois de privations sur des postes qui n'étaient pas le problème.
Dans les grandes villes, c'est le cas le plus fréquent, et il rend la règle inapplicable telle quelle. Trois façons de s'en servir quand même.
Traitez-la comme un diagnostic, pas comme un objectif. Un bloc besoins à 65 % dit une chose précise : la marge de manœuvre mensuelle est faible, et les vraies décisions se jouent au niveau du logement, du transport ou du revenu — pas au niveau des cafés.
Fixez votre propre cible et gardez-la. 60/20/20, 65/20/15 : le triplet compte moins que le fait de l'écrire une fois et de mesurer l'écart chaque mois. Une cible atteinte à deux points près vaut mieux qu'une cible officielle ratée de quinze.
Traitez l'épargne en premier, pas en dernier. Le bloc de 20 % est le seul des trois qui n'a ni date d'échéance ni personne pour le réclamer. Programmé le lendemain du salaire, il devient une charge fixe comme les autres. Laissé en fin de mois, il vaut ce qui reste — souvent 38 €.
Le classement initial demande une vraie séance : listez les postes récurrents, attribuez à chacun sa catégorie, notez le montant mensuel moyen. Comptez une heure avec trois mois de relevés sous les yeux. Une catégorie ne change pas d'un mois sur l'autre : cette heure ne se refait pas.
Ensuite, une ligne par dépense au fil de l'eau, ou une saisie hebdomadaire de dix minutes. La seule chose qui doit rester automatique, c'est le calcul : total par catégorie, pourcentage réel, écart à la cible, reste à vivre. Si obtenir ces quatre chiffres oblige à ressortir la calculatrice, le suivi s'arrête en février.
C'est ce que fait le tableur Budget Personnel — Règle 50/30/20 : un onglet de saisie où chaque dépense est rattachée à besoins, envies ou épargne, et un tableau de bord qui affiche la répartition réelle face à la cible, le reste à vivre, le taux d'épargne et la vue par catégorie, sur Excel comme sur Google Sheets, sans abonnement — Budget Personnel.
Faites le test ce soir sur un seul mois. Prenez le dernier relevé, trois colonnes, et rangez chaque ligne. Additionnez, divisez par votre revenu net, puis regardez lequel des trois pourcentages s'éloigne le plus de 50, 30 et 20. Ce n'est pas toujours celui qu'on croit — et c'est le seul qui mérite votre attention le mois prochain.
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