
Le 24 du mois, il reste 90 € sur le compte courant. Pas de vacances, pas de panne de voiture, aucun achat exceptionnel : un mois parfaitement ordinaire. Vous êtes deux à travailler, le foyer encaisse 3 850 €, et la dernière semaine se joue quand même au distributeur. La vraie question n'est pas de savoir comment faire un budget familial en théorie — le principe, tout le monde le connaît — mais où sont passés les 3 500 € dépensés le mois dernier, ligne par ligne.
Un budget qui tient ne repose pas sur la volonté. Il repose sur trois listes et une comparaison : ce qui entre, ce qui sort, ce que vous aviez prévu. Les quatre étapes qui suivent se font dans cet ordre, et l'ordre compte.
Presque tout le monde commence par les dépenses. C'est l'erreur qui fait dérailler le reste, parce qu'un budget sans plafond connu n'est qu'une liste de regrets. Commencez par le haut : chaque rentrée d'argent, sa source, son bénéficiaire, son montant.
Total : 3 850 € par mois. La colonne « récurrent » n'est pas décorative. Une prime de 900 € en juin, un remboursement de 300 €, un treizième mois : ces sommes existent, mais elles ne doivent jamais servir de base au budget mensuel. Notez-les comme ponctuelles, à part. Un foyer qui calibre ses enveloppes sur un mois à prime se retrouve à découvert les onze autres.
Noter le bénéficiaire paraît superflu quand on vit à deux. Ça devient utile le jour où les comptes sont séparés et où il faut savoir qui alimente quoi, ou quand un revenu s'interrompt et qu'il faut mesurer le trou exact.
Le relevé bancaire est chronologique. Il ne dit rien d'utile, parce que personne ne dépense par ordre de date : on dépense par poste. Reprenez un mois complet et affectez chaque ligne à une catégorie. Huit suffisent, et huit c'est déjà beaucoup : Logement, Alimentation, Transport, Enfants, Loisirs, Santé, Abonnements, Autre.
Voici ce que donne le mois ordinaire du début :
Total : 3 499 €. Reste 351 €, soit un taux d'épargne de 9,1 %. Le chiffre n'a rien de dramatique, mais il explique le compte à 90 € le 24 : la marge existe, elle est simplement invisible tant qu'elle n'est pas calculée.
Deux colonnes de plus valent la peine d'être remplies au passage. Le libellé, parce que « 165 € en Autre » ne se réexamine pas trois mois plus tard sans un rappel de ce que c'était. Et le moyen de paiement, parce que les retraits d'espèces sont le trou noir de tous les budgets : ils sortent du compte, ils n'entrent nulle part.
Une catégorie ne dit pas si vous pouvez agir dessus. Le type, oui. Reprenez chaque ligne et marquez-la fixe (elle tombe seule, au même montant, sans décision de votre part) ou variable (elle dépend de ce que vous faites cette semaine).
Sur le mois ci-dessus : 1 804 € de dépenses fixes — loyer et charges, mutuelle, assurance et crédit auto, abonnements, cantine — contre 1 695 € de variables. Autrement dit, 52 % du budget est engagé avant le 5 du mois. C'est le chiffre le plus utile de tout l'exercice, parce qu'il désigne deux terrains de jeu qui n'ont rien à voir.
Les fixes se travaillent une fois par an, dossier par dossier : assurances, forfaits, abonnements qui tournent en fond depuis deux ans. C'est un après-midi de démarches, et l'effet dure douze mois. Les variables se jouent chaque semaine, dans le caddie et à la pompe. Sur 1 695 €, une inflexion de 10 % représente 170 € par mois — mais elle demande une attention permanente, alors que la résiliation d'un abonnement à 12 € ne se fait qu'une fois.
Un budget qui ne sépare pas les deux fait porter tout l'effort sur les courses. C'est le plus visible, le plus pénible, et rarement le plus rentable.
C'est ici que les budgets meurent. On décide que l'alimentation, ce sera 600 €, parce que 920 € « c'est trop ». Au 18 du mois l'enveloppe est vide, le budget est déclaré irréaliste, le fichier est fermé.
La méthode qui tient est moins ambitieuse. Prenez la moyenne réelle des trois derniers mois, catégorie par catégorie. Posez-la telle quelle comme enveloppe. Puis retirez 5 à 10 % sur une ou deux catégories seulement, celles où vous savez concrètement quoi changer. Les autres restent au niveau constaté.
Le suivi se lit alors sur deux colonnes calculées, l'écart et le taux de consommation :
Trois catégories en dépassement pour 180 € au total : le mois est raté de peu, et on sait exactement où. Sans ce tableau, la même information s'appelle « on a un peu trop dépensé » et ne débouche sur rien.
Le taux de consommation a un usage que l'écart n'a pas : il se lit en cours de mois. Au 15, une enveloppe consommée à 75 % annonce le dépassement quinze jours avant qu'il arrive. C'est la seule lecture qui permet encore de corriger quelque chose.
La charge réelle est faible, à condition de la répartir correctement. Les revenus se saisissent une fois, et se retouchent uniquement quand un montant change. Les dépenses se relèvent deux fois par semaine depuis l'application bancaire : cinq minutes, une dizaine de lignes. Les enveloppes se revoient une fois par trimestre, pas plus souvent, sinon elles suivent les dépenses au lieu de les encadrer.
Tout le reste doit se calculer seul. C'est ce que fait le tableur Budget Familial : un onglet Revenus, un onglet Dépenses, un onglet Budget prévu, et un tableau de bord qui affiche les revenus totaux, les dépenses totales, le solde et la capacité d'épargne, le taux d'épargne, la part des dépenses fixes et variables et le poids des postes Alimentation et Logement, sur Excel comme sur Google Sheets, sans abonnement — Budget Familial.
Faites l'essai ce soir sur un seul mois. Ouvrez le relevé du mois dernier, affectez chaque ligne à l'une des huit catégories, marquez-la fixe ou variable, additionnez. Puis comparez le total des fixes à vos revenus. Si la moitié de ce que vous gagnez est déjà partie avant le 5, vous saurez pourquoi la dernière semaine est tendue — et sur quelle colonne il vaut la peine de passer un après-midi.
Suivi du CA, cotisations URSSAF, impôt, plafonds et TVA — calculés automatiquement. Excel + Google Sheets, barème 2026.
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